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Révolution citoyenne

Rien n'arrive par hasard

26 Janvier 2008 , Rédigé par Christian Laborde Publié dans #Economie

Une économie d’apprentis sorciers

La nature même du système financier mondial n’a strictement plus rien à voir avec les politiques économiques nationales "vertueuses" prônées par le FMI. Les gestionnaires de portefeuilles des fonds d’investissement et les grandes banques ont marginalisé les banques nationales et les organismes internationaux. Des opérateurs boursiers (traders) aventureux ont pris le pas sur les banquiers traditionnels plus prudents, car l’achat et la vente d’actions, d’obligations et autres produits dérivés permettent de réaliser les profits les plus importants, et la règle désormais est de prendre des risques beaucoup plus élevés.

Ces opérateurs sont rémunérés sur la base des profits affichés – qu’ils soient fictifs ou réels – et, de manière courante, ils mettent en jeu les fonds déposés dans leur établissement. De faibles taux d’intérêt et des banques ne demandant qu’à prêter de l’argent à des hedge funds (fonds spéculatifs à hauts risques) et à des établissements spécialisés dans des opérations de fusions-acquisitions ont donné à ces acteurs toute latitude pour jouer au casino de la finance, aux Etats-Unis, au Japon et ailleurs. Ils ont concocté une série de fusions plus que douteuses qu’on aurait naguère jugées casse-cou. Dans certains cas, des recapitalisations financées par l’emprunt (leveraged recapitalisations) leur permettent de s’attribuer d’énormes honoraires et dividendes qui augmentent d’autant l’endettement de l’entreprise. Quant à ce qui se passera ensuite, ce n’est plus leur affaire...

Il existe au moins dix mille hedge funds, dont les quatre cinquièmes sont domiciliés dans les îles Caïmans. Toutefois, quatre cents d’entre eux, qui gèrent chacun au moins 1 milliard de dollars, réalisent à eux seuls 80 % des opérations. En l’état actuel, il n’existe aucun moyen de les réglementer. Ces fonds spéculatifs détiennent plus de 1 500 milliards de dollars d’actifs, et le chiffre d’affaires quotidien de leurs opérations sur les produits dérivés globaux approche les 6 000 milliards de dollars – soit environ la moitié du produit national brut des Etats-Unis. Dans le climat d’euphorie des cinq dernières années, la plupart ont gagné, mais quelques-uns ont perdu. Ainsi, en un an (d’août 2005 à août 2006), près de mille neuf cents hedge funds ont vu le jour, mais cinq cent soixante-quinze autres ont été mis en liquidation. L’agence de notation Standard & Poor’s voudrait bien évaluer leur solvabilité, mais elle ne l’a toujours pas fait. Les plus importants d’entre eux affirment utiliser des modèles informatiques pour effectuer leurs transactions.

En réalité, les hauts responsables des banques et de la régulation financière ne comprennent pas eux-mêmes comment fonctionne la chaîne d’exposition aux risques, et ils ne savent pas « qui possède quoi ». Ces fonds prétendent être honnêtes. Il reste que ceux qui les pilotent reçoivent des rémunérations liées aux profits qu’ils réalisent, et qui impliquent une prise de risques. Beaucoup collectent des informations confidentielles – pratique techniquement illégale, mais néanmoins courante.


Ce sont des extraits d'un article du Monde Diplomatique d'octobre 2006.

Donc les évènements de ces derniers jours étaient prévisibles, mais le propre de notre système est d'être incapable de s'autoréguler. L'économie mondiale semble donc condamnée à évoluer de crise en crise. A moins qu'elle ne soit tellement rongée par ses parasites qu'elle ne finisse pas s'effondrer. Cet article montre bien à quel point sont dérisoires les moyens d'intervention des banques centrales. La meilleure image serait celle d'un pompier tentant d'arroser un incendie avec une petite cuillère.

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