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Révolution citoyenne

La honte ordinaire

22 Janvier 2007 , Rédigé par Christian Laborde Publié dans #Conflit Israélo-arabe

[les exactions des colons de Tel Rumeida, au coeur de Hebron, continuent contre ce qui reste de leurs voisins palestiniens, sans que les autorités israéliennes n'interviennent ou presque. Ce scandale, dont un extrait vidéo relativement anodin d'ailleurs, est passé sur une chaîne israélienne, a assez duré. Le ministre de la défense Amir Peretz, qui a vu ce petit film, aurait été "choqué"]

Ha'aretz, 15 janvier 2007

Les colons de Hebron : la honte ordinaire

Danny Rubinstein

Trad. : Gérard pour La Paix Maintenant

La semaine dernière, la chaîne 10 de télévision israélienne a diffusé un court reportage vidéo filmé dans le quartier de Tel Rumeida à Hebron, où l'on voit une femme appartenant à la communauté des colons juifs de ce quartier, Yifat Alkobi, bousculer brutalement et insulter ses voisins, membres de la famille palestinienne Abou Aisha. Il y a quelques mois, B'Tselem, le Centre israélien d'information pour les droits de l'homme dans les territoires occupés, avait fourni une caméra à la famille Abou Aisha pour qu'elle puisse filmer ce qui se passait près de chez eux. Ils disposent aujourd'hui de nombreux clips vidéo de ce genre. Ce qui est intéressant dans celui-ci, c'est que la bousculade et les insultes ont eu lieu alors qu'à quelques mètres de là, des soldats israéliens ont observé la scène sans lever le petit doigt.

Personne ne s'est particulièrement ému de ces images, à commencer par Yifat Alkobi elle-même, convoquée pour interrogatoire, mais qui n'est même pas venue. Dans la ville, il y a un groupe d'observateurs internationaux, appelé TIPH (Temporary International Presence in Hebron), qui a publié un communiqué disant que le film ne contenait rien de nouveau. "Depuis des années, nous publions des informations sur les harcèlements, les biens endommagés, les destructions de bâtiments, les jets de pierres et les fenêtres brisées, commis par les colons à l'encontre des habitants arabes. Par le passé, nous nous sommes souvent adressés à l'armée et à la police, sans résultats", disent les observateurs. Ils envoient leurs rapports au gouvernement israélien, à l'Autorité palestinienne et aux gouvernements des six pays qui ont envoyé des observateurs (Norvège, Italie, Suède, Danemark, Suisse et Turquie). B'Tselem s'est aussi hâté de prévenir qu'il ne fallait pas faire de Yifat Alkobi un bouc émissaire. Le fait est que la responsabilité de ce qui se passe à Hebron incombe à tous les gouvernements qui ont permis et continuent de permettre que ces scènes honteuses se produisent.

Les chiffres sont connus. Des milliers d'Arabes qui habitaient la partie de Hebron sous contrôle israélien (selon l'accord passé par le gouvernement de Benjamin Netanyahou [à Wye Plantation, ndt]), bien peu sont restés. La famille Abou Aisha de Tel Rumeida habite une maison qui a été surnommée "la maison cage" à cause des barreaux qui l'entourent, destinés à la protéger des harcèlements des colons. Les autres familles arabes isolées qui sont restées dans le quartier près des colons ont tendance à se cacher de la même manière. En d'autres termes, les colons de Hebron ont réussi à se débarrasser presque complètement de leurs voisins arabes, chose que l'armée et la police n'ont rien fait pour empêcher, ce qui veut dire que, dans les faits, ils ont aidé les colons.

La droite israélienne, qui soutient les colons de Hebron, a glissé depuis longtemps sur la pente du racisme. Lors d'une réunion récente à Jérusalem, un officier de police (juif) haut gradé, qui a quitté son service, a dit à des invités étrangers comment il devait agir à l'égard de colons installés dans des quartiers arabes; qui refusent d'obéir aux ordres de policiers arabes. "Vous êtes arabes, et nous ne vous parlons pas. Vous n'avez qu'à amener un policier juif", disent-ils. Les invités canadiens furent choqués. L'un deux, haut fonctionnaire du gouvernement canadien, a dit que quiconque oserait faire ce genre de remarque au Canada serait immédiatement jeté en prison. Ici, cela passe sans problème.

Tous les colons ne ressemblent pas à ceux de Hebron. Il y a des colons qui tentent d'établir des relations de bon voisinage avec les Arabes. Mais les uns comme les autres se défendent des accusations de racisme et de dépossession en disant que telle a été la situation sur la terre d'Israël depuis le début du sionisme. Tel-Aviv, elle non plus, n'a pas été seulement bâtie sur du sable, et partout en Israël, de Dan au Nord à Beer Sheva au Sud, des Arabes ont été expulsés et dépossédés. Alors, que leur reprochent les gens ?

Quel que soit le cliché que véhiculent ces revendications et ces arguments, ils sont pertinent aujourd'hui, quand de nouveaux plans politiques surgissent après la fin d'Oslo. Dans le processus nouveau, s'il est mis en oeuvre, il n'y aura pas d'échappatoire et il faudra fixer une frontière de principe. Et dans les négociations avec les Palestiniens, le seul point de départ possible est la ligne Verte. Après 1967, et pendant plus de 20 ans, on a évoqué en Israël et dans la région une "option jordanienne". Le Royaume de Jordanie dispose d'une capitale grande et animée, Amman, et de grands territoires. Si des négociations avaient eu lieu avec la Jordanie, le contrôle israélien sur une certaine portion des territoires n'aurait pas été le même que dans le cadre de négociations avec les Palestiniens, qui n'ont pas de capitale, et presque pas de territoires. C'est perdre son temps que de parler avec les Palestiniens si nous n'abordons pas les négociations avec pour principe la ligne Verte. Toute autre option est susceptible de conduire au phénomène obscène des colons de Hebron et de Tel Rumeida.

Lundi, la police de Hebron a interrogé Yifat Alkobi, qui apparaissait sur une vidéo en train de harceler une femme palestinienne. D'après la radio israélienne, Yifat Alkobi, convoquée deux fois pour interrogatoire, convocations auxquelles elle n'avait pas répondu, était escortée de 25 femmes de son quartier qui protestaient contre l'injustice faite à Yifat Alkobi. Celle-ci a d'ailleurs déposé une plainte contre la femme palestinienne qui, dit-elle, l'a provoquée et attaquée.

Cette vidéo, où Alkobi bouscule sa voisine palestinienne et la traite de "pute" (elle emploie le mot arabe de "sharmouta"), a causé du souci au gouvernement, qui a décidé la création d'une commission chargée de faire respecter la loi dans de pareilles situations. Le ministre de la défense Amir Peretz a évoqué la question lors de la réunion hebdomadaire du cabinet. Il a dit que l'on voyait un soldat israélien assister à la scène sans intervenir, ce qui a donné l'impression que le harcèlement se produisait avec l'aval de Tsahal. Il a ajouté que Tsahal n'avait pas l'autorité pour y faire respecter la loi, et que c'était plutôt le rôle de la police.

Le premier ministre Olmert a dit qu'il avait ressenti un malaise en voyant cette vidéo. "C'était de la provocation méchante, de la brutalité, de l'arrogance et du mépris qu'il n'est pas possible d'accepter", a-t-il dit. Olmert a appelé les leaders des colons à condamner ces agissements. Outre Peretz, la ministre de la justice Tzipi Livni, le ministre de l'intérieur Roni Bar-On et le ministre de la sécurité intérieure Avi Dichter feront partie de cette commission.

Le groupe militant de gauche B'Tselem, qui a contribué à diffuser la vidéo, a déclaré dimanche au Jerusalem Post que cet incident mettait en lumière la confusion des compétences, qui empêche de forcer les colons de Hebron à respecter la loi.

La vidéo, d'une durée d'une minute, montre une dispute entre deux voisins : une femme palestinienne à la tête couverte d'un foulard blanc, et une femme juive, Yifat Alkobi, la tête couverte d'une écharpe, dans le quartier de Tel Rumeida à Hebron. Au début, on voit Yifat Alkobi exiger de la femme palestinienne de la famille Abou Aisha qu'elle ferme sa porte et qu'elle reste dans la structure en forme de cage qui entoure la cour de la famille Abou Aisha. A un moment, Alkobi pénètre dans la cour des Abou Aisha et ferme la porte. Vers la fin, alors que la femme palestinienne semble battre en retraite, Alkobi colle son visage contre la clôture et provoque la femme en hurlant "pute, pute!", lentement et distinctement. Un soldat se tient à côté de la scène sans rien faire pour l'arrêter.

"Nos critiques ne s'adressent pas aux colons, mais aux autorités et à la façon dont l'armée et la police ne protègent pas les habitants palestiniens de Hebron", a dit la porte-parole de B'Tselem, Sarit Mikhaeli. Par exemple, dit-elle, les soldats à Hebron ont souvent l'idée fausse selon laquelle ce n'est pas leur rôle de protéger les Palestiniens.

C'est après la publication de cette vidéo la semaine dernière sur Ynet [site web du quotidien Yediot Aharonot, ndt] que la police de Hebron a convoqué Alkobi pour interrogatoire, car elle n'était pas au courant de l'incident auparavant. Un porte-parole de la police a ajouté que les forces de polices travaillent en coordination et partenariat avec les soldats en poste dans la ville, mais que la commission créée par Peretz pourrait les aider à travailler plus efficacement.

De son côté, Sarit Mikhaeli a dit que, si elle accueillait avec plaisir la décision du cabinet, elle n'était pas très optimiste quant à ses chances d'améliorer la situation : "Les faits sur cette question sont connus depuis des années, et nous n'espérons donc pas grand-chose de cette nouvelle commission."

A Hebron, où environ 500 colons juifs vivent au milieu de 130.000 Palestiniens, les tensions sont souvent fortes. Les Palestiniens et les ONG présentes affirment que les attaques commises par des colons, jets de pierres, agressions et harcèlement verbal, se produisent quasi quotidiennement.

De leur côté, les colons de Hebron soulignent le nombre de soldats et de colons tués par les Palestiniens à Hebron depuis six ans. Parmi les victimes, le bébé de 6 mois Shalhevet Tekhiya Paz, tuée par un sniper en 2001 alors que sa mère la tenait dans ses bras à l'entrée du quartier Avraham Avinou. En 2002, dans le même quartier, Itzhak Shapira, 48 ans, a été tué d'une balle. En 2003, Gadi et Dina Esther Levy ont été tués par un kamikaze dans Hebron. De plus, 3 civils et 9 soldats ont été tués sur le Chemin des Fidèles entre Hebron et Kiryat Arba en 2002.

David Wider, l'un des porte-parole des colons de Hebron, a rejeté les commentaires d'Ehoud Olmert ainsi que la création d'une commission, qu'il qualifie d'actes politiciens de la part de deux dirigeants qui ont besoin de détourner l'attention de leurs propres échecs. "Les politiciens doivent arrêter d'utiliser l'opinion pour échapper à leurs problèmes", a dit Wider. Il a réduit la vidéo à un banal conflit de voisinage qui pourrait se produire partout en Israël quand deux voisins se mettent en colère et se crient dessus. "Peut-être que le choix des mots était inapproprié, mais croyez-moi; j'ai entendu pire", a dit Wider. Va-t-on aller vers une situation où "quiconque crie sur son voisin va être interrogé par une commission gouvernementale créée par le premier ministre ?", a demandé Wider.

Par ailleurs, le ministère israélien du logement a publié aujourd'hui lundi un appel d'offres pour la construction de 44 logements dans la colonie de Ma'aleh Adoumim. Shalom Arshav (La Paix Maintenant) a réagi en disant qu'en pleine visite de Condoleezza Rice dans la région, l'Etat d'Israël foulait aux pieds ses propres obligations prises dans le cadre de la Feuille de route. Le Conseil représentatif des colons (Yesha) a salué la nouvelle en disant que cet appel d'offres n'offrirait toutefois qu'une solution partielle à la "réelle demande du marché du logement dans des zones qui bénéficient d'un consensus national comme Ma'aleh Adoumim."

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