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Révolution citoyenne

Denis de Rougemont l'Européen visionnaire

25 Septembre 2006 , Rédigé par Christian Laborde Publié dans #Coup de coeur

NEUCHÂTEL - Une exposition remet à jour l'oeuvre très critique du penseur.

Qui a peur de Denis de Rougemont? La suite...

Marx, Trotsky, on connaît. Proudhon, Bakounine et Kropotkine, on connaît moins, mais qui sait que la Suisse ce petit pays neutre jusqu'à l'insignifiance a vu naître un penseur de premier plan, un homme qui mériterait d'être mieux connu des anti libéraux et des altermondialistes.

Dans « Le Péril Ford », paru en février 1928 dans la revue française Foi et Vie, Denis de Rougemont écrivait : « On a trop dit que notre époque est chaotique. Je crois bien, au contraire, que l’histoire n’a pas connu de période où les directions d’une civilisation apparaissent plus nettement. Un certain ordre s’élabore, ou, pour mieux dire, une organisation générale de la vie mondiale. Toutes les forces du temps y concourent obscurément; et pour peu que cela continue, pour peu que la bourgeoisie intellectuelle persiste à jouer l’autruche, l’avènement de cette organisation toute-puissante n’est plus qu’une question de quelques années. ».

En développant plus loin ces propos qui n’ont rien perdu de leur actualité, Rougemont traitait de la fi­gure d’Henry Ford, hautement symbolique de l’Ordre Mondial en train de s’instaurer. Et de préciser : « Je dis que les êtres doués de quelque sensibilité spirituelle deviennent, par le seul fait de demeurer eux-mêmes dans un monde «fordisé» des anarchistes. Car l’esprit n’est pas une faculté destinée à meubler nos instants de loisirs. Il a des exigences et ces exigences sont en contradiction avec le développement que la technique impose au monde moderne. ».

Le jeune penseur, il avait 22 ans, ajoutait enfin qu’à son avis, « le but de Ford… n’est pas uniquement de construire des autos, mais de fabriquer des hommes selon son idéal ». Ces propos préfiguraient les thèmes et interrogations prophétiques du Meilleur des mondes de 1932 dans lequel Aldous Huxley décrit les esclaves heureux, mécanisés, fabriqués industriellement, d’un totalitarisme technologique où Ford a remplacé symboliquement Jésus-Christ.

Un totalitarisme dans lequel tout est permis, sauf la liberté.

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