Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Révolution citoyenne

Les chroniques de la monnaie (4)

26 Février 2008 Publié dans #Economie

Voici le quatrième volet de cette série qui, pour reprendre Serge Latouche, n'a d'autre but que de "décoloniser notre imaginaire" au sujet de la monnaie. Allez, on s'accroche, on prépare éventuellement l'aspirine, c'est parti.

La première idée à rejeter, est celle de penser que pour qu'un banquier puisse vous proposer un crédit, il faut qu'un épargnant soit passé avant vous à la banque pour y déposer des économies correspondantes au prêt que vous allez demander, et que, quasiment, c'est l'épargne d'un autre que le banquier va vous prêter, en prenant sa commission au passage (l'intérêt).... c'est FAUX, ce n'est pas ainsi que ça se passe.

Ce n'est pas de la monnaie épargnée ou déposée que vous prête un banquier... d'ailleurs, si vous avez la chance d'être plutôt en positif sur votre compte, vous pouvez vous apercevoir que jamais votre banquier ne vous a dit "On a utilisé l'argent que vous aviez en dépot chez nous pour le prêter à Monsieur Untel... désolé, votre compte est maintenant à zéro, jusqu'à ce que Monsieur Untel rembourse..."

Il y a une phrase que connaissent bien les économistes (pas tous, hélas !), mais qu'oublient très souvent les banquiers (le feraient-ils exprès ?), et qui est "Ce ne sont pas les dépôts qui permettent les crédits, mais ce sont les crédits qui permettent les dépôts".

Du chinois ?
Allez, on s'explique !

D'abord, il faut savoir qu'il n'y a plus de "banque nationale" (la BNP par exemple, bien que se nommant "Banque Nationale de Paris", est devenue une société privée), et la Banque Centrale Européenne - qui est "garante" des bons fonctionnements des banques privées - est une émanation des Banques Centrales des états membres, ces Banques Centrales étant elles mêmes des "réunions" des banques privées.

Ensuite il faut que se souvenir, pour nous européens, que l'article 104 du traité de Maastrisch (1) a INTERDIT aux Etats et aux Collectivités de créer de la monnaie... Cette prérogative est maintenant réservée au système bancaire, sous surveillance de la BCE, dont le seul mandat des Etats membres est de "limiter l'inflation" (on en reparlera, ainsi que des conséquences de cet article 104 aussi bien sur la pauvreté, le chômage et les déficits)...

Voyons donc comment le système bancaire crée la monnaie ... (arrivé à ce stade,ceux qui le souhaitent peuvent prendre une aspirine !!!)

Prenons l'exemple d'un système de 4 banques privées (B1, B2, B3, B4 mais vous pouvez remplacer ces sigles par BNP, SG, CL, CA...)

Imaginons que les "règles prudencielles" en vigueur en ce moment permettent aux banques d'offrir des crédits jusqu'à un montant de 90% des dépôts (c'est très variable puisque c'est un des moyens de régulation des crédits et donc de la monnaie comme vous le comprendrez à la fin de cet article).

  • La banque B1 reçoit en dépôt 1000 euros (c'est Monsieur A qui dépose cet argent sur son compte courant). C'est évidemment une dette que la banque B1 a envers Monsieur A, car la banque s'est bien engagée à rendre cet argent à Monsieur A à sa première demande.

  • Monsieur B demande et obtient un crédit à la Banque B1 qui donc, en fonction des règles prudencielles évoquées ci-dessus, lui propose 900 euros (1000 x 90%) avec 10% d'intérêt sur un an... Monsieur B devra donc rembourser 990 euros...(vous pouvez évidemment remarquer que le compte de Monsieur A n'a pas bougé ( il est toujours de 1000 euros) comme d'ailleurs ne bougeront pas les comptes des déposants dans les explications qui suivent).

  • Avec ce crédit de 900 euros, Monsieur B paye un de ses fournisseurs, Monsieur C, qui va déposer son chèque dans la Banque B2. Grâce à ce dépôt, Monsieur D peut obtenir de la banque B2 un crédit de 810 euros (900 x 90%) qu'il devra rembourser 891 euros (810 +10%).

  • Monsieur D paye à son tour un de ses fournisseurs, Monsieur E, avec ces 810 euros, lequel Monsieur E les dépose à sa Banque B3. Grâce à ce dépôt, Monsieur F peut obtenir de la banque B3 un crédit de 729 euros (810 x 90%) qu'il devra rembourser 802 euros (729 +10%).

Allez, encore une fois...

  • Avec ce crédit de 729 euros, Monsieur F paye un de ses fournisseurs, Monsieur G, qui va déposer son chèque dans la Banque B4. Grâce à ce dépôt, Monsieur H peut obtenir de la banque B4 un crédit de 656 euros (729 x 90%) qu'il devra rembourser 721 euros ( 656 +10%).

  • Monsieur H paye à son tour un de ses fournisseurs, Monsieur A, avec ses 656 euros , lequel Monsieur A le dépose à sa Banque B1. Grace à ce dépôt, Monsieur X peut obtenir de la banque....

Avec ce système de 4 banques et de 4 emprunteurs, voyons le "bilan" :

  • D'un dépôt initial de 1000 euros, ce sont 900+810+729+656 = 3095 euros mis en circulation qui ont été créés "ex nihilo".

  • Sur un an, les emprunteurs (Messieurs B, D, F, H) devront rembourser : 990+891+802+721 = 3404 ... (le système bancaire a donc gagné 3404 - 3095 = 309 euros, hum, miam miam !!!).

  • Vous avez vu la petite "astuce" de cet exemple... Monsieur H paye avec son crédit une dette qu'il a envers Monsieur A : donc 65.6% du dépôt initial et qui réintègre la banque B1 (par Monsieur A) proviennent des crédits que son propre dépôt de 1000 euros a permis... ( bon, c'est un peu tordu, mais repensez à la Dame de Condé sur Gartempe)

Reprenons. D'une manière plus générale...

  • Bien évidemment, c'est un cycle permanent.. des crédits sont remboursés et d'autres les remplacent... mais il faut toujours de plus en plus de crédits pour pouvoir créer la monnaie qui sert à payer les intérêts. Les banquiers se fichent pas mal du capital (qui n'est qu'une simple ligne d'écriture), alors que les intérêts (qui vont dans leur poche), ça, oui, ils aiment !

  • Vous comprenez donc pourquoi au lendemain du 11 septembre 2001, ou aujourd'hui avec la crise des subprimes, l'un des premiers discours des Bush, Trichet et autres Bernanke est "ayez confiance !". Car, si la confiance (en latin "fiducia" tiens, tiens !) disparaît, il n'y a plus de crédit pour remplacer ceux arrivés à expiration, et c'est donc tout le système bancaire et économique qui s'écroule puisque les intérêts ne pourront plus être payés... ils ont aussi fait diminuer les taux d'intérêts pour "pousser à la consommation"...

  • Accessoirement, l'intérêt est la cause principale de l'inflation (on en reparlera)... Dans cet exemple, nous avons été volontairement simplistes, parce qu'avec un taux d'intérêt à 9% par an et par le jeu des intérêts composés, c'est le double de la somme empruntée qui doit être remboursée sur 10 ans (si vous avez souscrit un emprunt, jetez un oeil à la fin de votre échéancier afin de voir le coût réel du crédit contracté).

  • Ceci explique que ce que l'on appelle le "coefficient multiplicateur" s'établit (dans la réalité) à 6,5 (pour 1000 euros, c'est 6500 qui sont créés)... c'est à dire qu'il y a 6,5 fois plus de crédits "en circulation" que de dépôts qui ont permis ces crédits... et, en remontant "à l'origine", il n'y a que 15% (100/6,5) de ce que les économistes appellent parfois "monnaie permanente" (billets et pièces), pour la différencier de la "monnaie temporaire" (monnaie de crédit , qui "s'efface" quand le crédit est remboursé). Ce qui a aussi pour conséquence que dans les banques il n'y a que 15% de monnaie sous forme de billets ou pièces: une panique et les portes seront vites fermées (repensez à l'Argentine fin 2001), vous ne pourrez pas partir avec votre argent.

  • Vous voyez aussi qu'on a pas parlé "d'adossement sur l'or" ... oubliez cela, c'est fini depuis longtemps ! L'or n'est plus qu'une matière première et la monnaie n'est plus gagée sur l'or.

  • Enfin vous remarquerez que comme l'écrit le seul prix Nobel d'économie français que nous ayons jamais eu (Maurice Allais, en 1988) : "Dans son essence la création de monnaie actuelle ex-nihilo par le système bancaire est identique à la création de monnaie par les faux monnayeurs. Concrètement elle aboutit aux mêmes résultats. La seule différence est que ceux qui en profitent sont différents".

  • Rajoutons que le système bancaire jouit du privilège insensé et exorbitant de pouvoir créer de la monnaie sur ses propres dettes (les dettes à ses déposants).

  • Dernier point: si vous discutez avec votre banquier ne lui dites pas "votre banque peut créer de la monnaie"... ce serait faux, elle ne peut que créer du crédit.

Par contre, si vous lui dites "le système bancaire pris dans son ensemble, système dont fait partie votre banque , crée de la monnaie payante ex nihilo" ce sera vrai !

(1) - Article 104

1. Il est interdit à la BCE et aux banques centrales des États membres, ci-après dénommées “banques centrales nationales”, d'accorder des découverts ou tout autre type de crédit aux institutions ou organes de la Communauté, aux administrations centrales, aux autorités régionales ou locales, aux autres autorités publiques, aux autres organismes ou entreprises publics des États membres.

A suivre...

Partager cet article

Repost 0

Commenter cet article

Damien Garrido 29/03/2008 19:24

Pardonnez mon ignorance en economie. Cela veut-il dire qu'au niveau des echanges internationaux, seuls les etats ayant encore la possibilite de creer de la monnaie enrichissent l'ensemble des etats , et donc les banques privees ?